Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 00:17
Antony Tozy que rimalha tanben en lenga francesa e, dens lo son libe, Dens las sègas [Déns las sègos) publicat en 1900, que i a tèxtes sus la vita vitanta a Nerac (Òut e Garona).
Que vse dèishi jutge…


NOCTURNE

Sous un parapluie de taff’tas
Elle allait marchant à grands pas,
Quand tout à coup sur l’ cours Romas

J’aperçus sa sombre silhouette,        4

E moi qui flânais par hasard,
Devant l’étalage d’un bazar,
Je la suivis comm’ un jobard
Rue d’ Lafayette.                            8

Le jupon noir bien retroussé
Elle avançait d’un pas pressé,
Et à sa démarch’ cadencée,
Moi, je m’disais : « Sur ma parole    12
Cette femme doit avoir du sang,
C’est un sujet appétissant,
Faut trouver un aboutissant,
Sans le secours du protocole. »    16

Mais j’avais beau faire du ch’min
Elle marchait tant, sous son pépin,
Que, sacré mille nom d’un mâtin,
Je ne pouvais voir sa frimousse.    20
Et dans l’espoir de l’embaucher
J’avais beau tousser et cracher
Ell’ ripatait sans trébucher
Comm’ si j’y avais fichu la frousse.    24

Comm’ des oiseaux à la volée,
Nos deux carcasses emballées
Suivir’nt le long des grand’s allées
Course fantastique et bizarre !    28
Et j’allais murmurant tout bas :
« Tu l’attap’ras, l’attrap’ras pas,
Tu l’attrap’ras ou tu crèv’ras,
Faut qu’ tu l’attrap’s avant la gare. »    32

Sur ses talons, moitié perclus,
J’enfilais la longue avenue,
Mais elle était si bien fendue
Qu’elle conserva son avance.            36
Et quand nous entrâm’s dans la cour
Sous la pluie qui tombait toujours,
Je voyais son gracieux contour
Toujours à la même distance.        40

Et je m’ disais : « Mon vieux colon !
Il faut qu’elle en ait du poumon,
Cette femme-là, c’est donc le démon,
Pour déambuler de la sorte. »        44
Et sous l’averse et dans la boue
Haletant, poussif, moitié fou
Je la suivais comme un toutou
Attiré par une odeur forte.        48

La gare était là heureus’ment,
Nous arrivions presque en mêm’ temps.
Elle entre, sans perdre un moment
Sur ses pas je me précipite.            52
« Enfin, me dis-je, c’est pas trop tôt
La v’là qui retir’ son manteau,
Tu vas donc lui voir le museau
A cett’ beauté cosmopolite.             56

Je la vois s’avancer d’un guichet,
J’ m’approche alors pour voir ses traits.
Malédiction ! J’ vois son portrait,
Et j’ frémis encor quand j’y pense.    60
Ah ! plaignez-moi, mes chers amis,
Car dans la crotte et sous la pluie,
La femme que j’avais suivie,
C’était le curé de Durance.    64

Partager cet article

Repost 0
Andriu de Gavaudan - dans Literatura
commenter cet article

commentaires

Presentacion

  • : Le blog de Andriu de Gavaudan
  • Le blog de Andriu de Gavaudan
  • : Actualitat en lenga occitana Lenga e cultura occitanas (occitan ancian e modèrne)
  • Contact

Recèrca